Le sourire qui arrache nos rires















« Son esprit n’est ni vide, ni lent. La créativité foisonne sa tête. C’est un jeune-bijou car façonné comme une œuvre d’art ».


Sourire constant, longue tignasse, costard collé au dos, bottes aux pieds, c’est cette attitude qu’il a adopté et qui fait déjà son empreinte. Svelte, teint noir clair, il dégage chaleur, sérénité, assurance, espoir, éclat et attraction. D’un regard chaud, lumineux et pénétrant, son expression est à la fois crue et délicate, instantanée et lucide. Cela lui doit d’ailleurs un public croissant et qui l’adule.


Jeune de la vingtaine, il poursuit des études en droit à l’Université Catholique de Bukavu en RDCongo.
Tôt, il trouve une passion avant celle pour laquelle les études en droit prédisposent. Il veut  donner constamment du plaisir aux autres. Avant de plaider pour les nombreuses causes de sa société, il décide d'arracher et de réveiller son rire, libérer ses tensions noyées dans le fond de son cœur plein de peines, d’angoisses, d’inquiétudes, d’évasions, …

2009 est l’année de ses premiers pas. Il apparaît dans une pièce de théâtre dans lequel il incarne le rôle d’Hérode. Mais se rend compte rapidement que le format théâtre, ne lui permet pas de faire ce qui lui tient vraiment à cœur : Pondre constamment les rires du public.

Il va à la quête d’un format ouvert. Et dans son élan de découverte et redécouverte, son chemin le mène à M. Pie Thsibanda. C’est moment est décisif et marqueur de sa carrière.


L’admiration de Pie va l’aider à trouver sa voix et la maîtriser. Il s'ouvre au format plus libre. Très vite, ses capacités et son attitude scénique vers le comique de situation, l’ironie, la moquerie, le mot d’esprit, la blague, la dérision, l’humour ; vont se développer.

L'institut français de Bukavu lui fait honneur. Ses responsables lui produisent et lui confient un atelier d'humour et depuis il y tient une résidence d’humoristes. 
Cette une grosse opportunité, car le mettant en contacts avec d'autres grandes figures de la comédie de Bukavu, va lui permettre vite grandir par des spectacles  individuelles  et collaboratives qu'il multiplient.

De la mémoire individuelle à la mémoire collective, son déguisement sur scène tresse avec les réalités de la vie politique et sociale de sa ville. Sa créativité fait mouler des histoires en des blagues à la fois  invraisemblables, ouvertes, critiques et interrogatives sur notre société.

Afin de faire jolie, il associe et s’associe avec d’autres talents (Faustin Muliri, Patrick Zézé Carbone, Papa Chira, Souke et Siriki, Norah Nzila, Franck Mweze, …) et ceux du Comédie club. Ce mixage lui permet de partager un grand plaisir mais également le propulse sur d’autres horizons.

Il multiplie les collaborations au Pays et en dehors proposant des spectacles harmonieux avec des messages précis sur la bienveillance, l’autosuffisance, l’hostilité, l’amour, le pardon, l’insouciance. Ses messages sont ponctués d’un ton de responsabilisation et d’éveil de conscience.

La cohésion sociale retentie dans ses messages. Déjà que ses spectacles réunissent toutes les catégories : riches, pauvres, hommes, femmes, personnes de mobilité réduite, jeunes, vieux, etc.



Ma rencontre avec ce jeune talentueux remonte de janvier 2016 au Rwanda, dans un atelier d’écriture qui réunissait une douzaine de jeunes écrivains du Grands-Lacs autour des écrivains Véronique Tadjo (Côte d’Ivoire) et Roland Rugero (Burundi).

Dans une région où le tissu social est déchiré par la barbarie, les guerres, le chômage, la dépravation des mœurs, le colinisme, le clientélisme, le rire est un moyen de renouer avec soi et les autres. Sa valeur est même perçue sur le plan physique, psychologique, social et cognitif. Le rire assure une fonction de sociabilité.

Dans ce qu’il considère aujourd’hui son second lui_l’humour, et tend d’ailleurs à s’y confondre constamment; il pense que c’est en travaillant sans arrêt qu’on vit son rêve. Un message pour les autres jeunes en quête de réussite.

J’ai rencontré un jeune vivant, qui vit et qui transmet la vie par le rire qu’il sait arracher aux autres. Après ses spectacles, l’angoisse cède à l’équilibre, la tristesse à la joie, la frustration au calme, l’évasif au précis, le désespoir à l’espoir et à la l’espérance.

Je reste toujours sans voix à chaque fois que le vois et le revois jouer. Il sait emporter son public dans un voyage plein de découvertes, de lumières, d’interrogations aussi.

Didier MUGALIHYA M.

(Retrouvez l'actualité de Joyeux Bin Kabodjo sur : https://www.facebook.com/joyeux.binkabodjo).

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog